dimanche 12 avril 2009
samedi 11 avril 2009
Buster Keaton dans "Film" de Samuel Beckett (1965)
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nuits
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Triplex Nomine
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louange(s)
mardi 31 mars 2009
Mort et volupté
Jan Massys (1509 - 1575) : Judith.
Glaives abattus en blanche carnation
détroits ouverts au sang jailli presque noir
Des oiseaux très lents et comme voluptueux
s'échappent des mains détroits ouverts au ciel
Glaives abattus d'orient en occident
blanche carnation en source presque noire
A ton flanc blessé des oiseaux qui s'échappent
à chaque plaie de tes hanches des oiseaux
Saccage à ton flanc à tes hanches navrées
saccage à ta beauté à toute beauté
et à la beauté du monde en toi enclose
Tes yeux ne voient rien du glaive ensoleillé
qui tombe en brève ellipse aux flots de ton sang
ni des fleurs couchées sous ta joue pâlissante
Et ton corps palpitant en lents battements d'ailes
en flambée de douleur en volutes d'oiseaux
te souffle en bulle exquise échappée chatoyante
en légère envolée et comme voluptueuse
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oiseaux
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Triplex Nomine
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dimanche 29 mars 2009
L'intrusion de Gaïa (3)
Si la question qui aujourd'hui importe est celle d'une réappropriation collective de la capacité de faire attention, l'Etat, tel que je viens de le caractériser, n'aidera pas : le surgissement de groupes qui se mêlent de ce qui les regardent, qui proposent, objectent, exigent de devenir parties prenantes dans la formulation des questions, et apprennent comment le devenir, est toujours d'abord pour lui un "trouble à l'ordre public", qu'il s'agit de tenter d'ignorer, et si cela n'est pas possible, dont il s'agira ensuite de produire l'amnésie.
…
… la distribution entre ce que l'Etat laisse faire au capitalisme et ce que le capitalisme fait faire à l'Etat a changé. L'Etat laisse le capitalisme mettre la main sur ce qui fut défini comme relevant du domaine public, et le capitalisme fait endosser à l'Etat la tâche sacrée d'avoir à pourchasser ceux qui enfreignent le désormais sacro-saint droit de propriété intellectuelle. Un droit qui s'étend à à peu près tout, du vivant aux savoirs autrefois définis comme accessibles à tous leurs usagers. Un droit auquel, au nom de la défense de l'innovation, l'OMC entend soumettre la planète entière.
…
Il ne s'agit pas ici de se plaindre, mais de constater que le processus de destruction des ressources qui pourraient nourrir un art de faire attention se poursuit de plus belle sous couvert de modernisation, un processus dont l'impératif catégorique est la mobilisation de tous, avec mise au pas de ceux qui bénéficiaient encore de "niches" relativement protégées. Le capitalisme n'en demandait peut-être pas tant, et c'est ici que se pointe cet autre protagoniste qu'est l'Etat.
…
Je ne dirai certes pas que nous n'avons pas besoin d'Etat. Je dirai que, face à l'intrusion de Gaïa, il ne faut pas se fier à l'Etat.
Extraits de Isabelle Stengers : Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, éd. Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2009.
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Déméter
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Ammien Marcellin
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mercredi 18 mars 2009
El ave Fénix según Andrés Ibáñez
Vincentius Bellovacensis, Speculum historiale (traduction Jean de Vignay), France, Paris, XVe siècle. Image BNF
que mueren y renacen en el fuego, lo niego
que son por su esencia inmortales y que su único alimento conocido son las llamas del fuego, lo niego de vista
que son criaturas de Dios y que mueren como todas las demás criaturas, y que su cuerpo y sus plumas se hacen cenizas y polvo, lo afirmo
que entran en las habitaciones de las mujesres en trance de dar a luz para darles aliento y alivio, y que eso ha sucedido muchas veces en Gerasa, Garonia y otros pueblos, lo afirmo de oídas
que hablan como los hombres, y lloran y suspiran como los hombres, lo afirmo
que pueden viajar hasta el sol, haciendo viaje de ida et vuelta en el término de un año, y que del sol traen sabidurías y palabras, lo niego
que tienen nombres igual que las personas, y que muchas veces se llaman unos a otros por sus nombres, lo afirmo de oídas
que gustan más de caminar sobre sus dos pies que de volar por las regiones del aire, lo afirmo por haberlo visto
que aman las flores y en especial las rosas, y que cultivan rosas para su deleite y solaz, lo niego
que se alimentan tan sólo de fruta y de flores, lo niego de vista, y que muchas veces atacan a vacas o caballos, lo afirmo de oídas; que una vez uno de ellos raptó a la mujer de un hacendado y la obligó a convivir como su esposa por espacio de siete años, la cual dio a luz siete huevos, en cada uno de los cuales nacieron cada vez un niño y un pájaro, lo afirmo, aun a pesar de ser contra natura, por hallarse esta historia recogida allí donde sólo verdades y grandezas del mundo se encierran
que muchas jóvenes hablan con los fénix a escondidas de sus madres, y que algunas vuelan en sus lomos como las brujas en sus escobas, lo afirmo por haberlo visto muchas veces
que existe una isla que es la patria de los fénix, y que está en el gran océano, más allá del mar de los Sargazos, cubierta eternamente por las nieblas, afirmo harberlo oído muchas veces
que muchas veces durante las batallas se ven aves fénix volando en el cielo, afirmo haberlo oído muchas veces
según Apolodoro, en los tiempos antiguos, los hombres y los fénix vivían juntos; existía una palabra que significaba al mismo tiempo "hombre" y "ave fénix", y tanto las mujeres de los hombres como las hembras fénix, ponían huevos, de los que nacían cada vez un niño y un pájaro... unos y otros se envidiaban secretamente, los hombres envidiaban las alas de las aves, y los fénix envidiaban las hábiles manos de los hombres, pero esto no enturbiaba la amistad que había entre ambos, gracias a la cual vivían en armonía...
De las propriedades que tienen los buitres llamados en algunos lugares "ave fénix", in Andrés Ibáñez : La música del mundo o el efecto Montoliu (1995)
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oiseaux
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Sel et Soufre
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dimanche 15 mars 2009
Manifeste antillais anticapitaliste ou Le retour de la Beauté
Parce que nous sommes tous colonisés, mais que pour la plupart nous ne le savons pas, parce que notre imaginaire en est la première victime, ainsi que Serge Latouche l'a bien expliqué (lire son livre Décoloniser l'imaginaire), parce que les peuples qui ont été brisés dans leur identité sont les premiers à comprendre la nécessité de la révolte à venir, laissons la parole aux Antillais qui ont rédigé ce Manifeste dont je propose des extraits ; parmi eux un grand nom : Edouard Glissant, poète du Tout-Monde. Cet écrit ne s'arrête pas au constat d'échec de notre mode de vie, c'est une invocation pour une autre manière de pratiquer le monde : il faut ouvrir en poétique...
...
La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique" (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du " poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une "haute nécessité".
Par cette idée de "haute nécessité", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.
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Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens.
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On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.
On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.
On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
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Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde...
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Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.
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Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
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Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...
Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce Manifeste pour les "produits" de haute nécessité.
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Athéna
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Ammien Marcellin
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mardi 10 mars 2009
Le capitalisme du désastre
Comme la planète se réchauffe, sur le double plan climatique et politique, il n'est plus nécessaire de provoquer les désastres au moyen de sombres complots. Tout indique au contraire qu'il suffit de maintenir le cap pour qu'ils continuent de se produire avec une intensité de plus en plus grande. On peut donc laisser la fabrication des cataclysmes à la main invisible du marché. C'est l'un des rares domaines où il tient ses promesses.
Si le complexe du capitalisme du désastre ne déclenche pas délibérément les cataclysmes dont il se nourrit (à l'exception notable de l'Irak, peut-être), de nombreuses preuves montrent que les industries qui le composent font des pieds et des mains pour que les désastreuses tendances actuelles se poursuivent sans qu'on y change quoi que ce soit. De grandes compagnies pétrolières financent depuis longtemps le mouvement qui nie l'importance du changement climatique. On estime à seize millions de dollars la somme qu'Exxon a affectée à cette croisade depuis dix ans.
(…)
A la pensée des prochains désastres écologiques et politiques, nous tenons souvent pour acquis que nous sommes tous dans le même bateau, que nous avons besoin de dirigeants conscients du fait que nous courons à notre perte. Je n'en suis pas si sûre. Si pour l'essentiel nos élites politiques et économiques font preuve d'un grand optimisme dans le dossier du réchauffement climatique, c'est peut-être parce qu'elles sont raisonnablement certaines d'échapper elles-mêmes à la plupart des inconvénients. C'est peut-être aussi ce qui explique qu'un si grand nombre de partisans de Bush soient des chrétiens persuadés que la fin du monde est proche. Bien sûr, ils sont convaincus de l'existence d'une issue de secours au monde qu'ils contribuent à créer, mais il y a plus. Le Ravissement est en réalité une parabole du monde qu'ils façonnent ici-bas — un système qui appelle la destruction et le désastre (…).
(…)
Au contraire du fantasme du Ravissement, c'est-à-dire de l'effacement apocalytique qui permet aux croyants fervents quelques échappées dans le sublime, les mouvements de renouveau populaires partent du principe qu'il est impossible de fuir les gâchis considérables que nous avons créés et que l'oblitération — de la culture, de l'histoire, de la mémoire — a fait son temps. Ces mouvements cherchent à repartir non pas de zéro, mais plutôt du chaos, des décombres qui nous entourent. Tandis que la croisade corporatiste poursuit son déclin violent et augmente sans cesse les chocs d'un cran pour vaincre les résistances de plus en plus vives qu'elle rencontre sur sa route, ces projets indiquent une voie d'avenir possible au milieu des fondamentalismes. Radicaux uniquement dans leur pragmatisme, profondément ancrés dans les lieux où ils vivent, ces hommes et ces femmes se considèrent comme d'humbles bricoleurs : ils réparent les matériaux qu'ils ont sous la main, les solidifient et les améliorent, visent l'égalité. Par-dessus tout, il s'arment de résilience — en prévision du prochain choc.
Extraits tirés de Naomi Klein : La stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre. Leméac / Actes Sud, 2008.
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Athéna
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Ammien Marcellin
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samedi 7 mars 2009
L'intrusion de Gaïa (2)
(...)
On l'aura compris, se fier au capitalisme qui se présente aujourd'hui comme le "meilleur ami de la Terre", comme "vert", soucieux de préservation et de durabilité, ce serait commettre la même erreur que la grenouille de la fable, qui accepta de transporter un scorpion sur son dos pour lui faire traverser une rivière. S'il la piquait, ne se noieraient-ils pas tous les deux ? Il la piqua pourtant, en plein milieu de la rivière. En son dernier souffle, la grenouille murmura : "Pourquoi ?" A quoi le scorpion, juste avant de couler, répondit : "C'est dans ma nature, je n'ai pas pu faire autrement." C'est dans la nature du capitalisme que d'exploiter les opportunités, il ne peut faire autrement.
(...)
Si confiance infantile il y a, c'est avant tout de la nôtre qu'il s'agit, de celle que nous avons mise dans la fable épique du Progrès, dans ses versions multiples et apparemment discordantes, mais convergeant toutes dans des jugements aveugles portés sur d'autres peuples (à libérer, moderniser, éduquer, etc.). Et si émancipation il doit y avoir, elle devra se faire contre ce qui nous a permis de croire pouvoir définir un cap qui donnerait la direction du progrès pour l'humanité tout entière, c'est-à-dire contre l'emprise de cette forme clandestine de transcendance qui s'est emparée de nous. Il y a beaucoup de noms pour cette transcendance, mais je la caractériserai ici par cet étrange droit qui s'est imposé en son nom, un droit qui aurait effrayé tous les peuples qui savaient honorer des divinités telles que Gaïa, car il s'agit du droit de ne pas faire attention.
Extraits de Isabelle Stengers : Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, éd. Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2009.
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mercredi 4 mars 2009
Amandes amères
sur la terre faite femme
offrandes douces d'amandes amères
gouttes de miel et dans le songe s'effacent nos visages
les corps s'enfoncent dans la brume épaisse
jusqu'au blanc
et privés de contours qui sait s'ils ne sont pas brume devenus
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offrandes
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Sel et Soufre
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lundi 2 mars 2009
La fin de Mille-Pluies
Elle se nomme Mille-Pluies et lorsqu'elle est lasse de rester dans notre maison, elle nous quitte et nous l'ignorons. Nous ignorons son départ mais nous découvrons son cadeau de départ : un rêve au petit matin, un livre sur un banc, un nuage en forme d'hippocampe ou un café meilleur que la veille. C'est elle qui fait pleuvoir les hommes lorsqu'ils font l'amour.
Dans nos maisons, la pièce qu'elle préfère c'est la chambre mais elle peut être là partout ailleurs à toute heure, invisible mais pourtant toute chair. Elle est devant les yeux des hommes quand ils pensent aux corps, elle est sur le corps des êtres qui s'accouplent et lorsque l'homme est droit de verge, c'est elle qui la tient ferme et dure.
Il lui faut de l'eau, beaucoup d'eau pure, du lait, des ruisseaux, des bouteilles pleines, des mamelles de vache et des lacs. Et si jamais la peur l'assaille, si elle pense un jour manquer de liquide, elle hésite à se montrer, à empoigner la tige mâle et à se tenir au bord des imaginations.
Mille-Pluies passe de maison en maison et il y a de moins en moins d'humidité et d'images. Elle se sent inquiète et souvent avec sa maîtresse rouge sombre elle évoque l'eau qui se tarit et se trouble, mais la déesse ne semble pas inquiète, elle lui dit qu'il n'y a pas de mal, que cette eau qui passe de corps en corps se lavera à l'absence des corps humains, dans les cupules de roches et le creux des grottes. La maîtresse lui dit qu'elle n'aura alors plus qu'à empoigner les verges dures du calcaire de la terre.
Soit, mais c'est que Mille-Pluies les aime, ses hommes chauds.
Quelques siècles ont passé. Le petit jour est là et Mille-Pluies sort de la maison la gorge sèche et les mains fatiguées d'avoir tant tiraillé le pauvre homme. Elle marche de son tout petit pas feutré, mais ce ne sera pas elle qui empoignera le sexe de la terre. (Les créatures semi-invisibles, aussi précieuses soient-elles aux humains, sont finalement de génération et de disparition facile). Non, elle traverse cette route et alors passe un camion benne qui la fauche de ses roues gigantesques, la presse et l'écrase en un giclement rouge et minuscule.
Dans la maison, l'homme nauséeux appelle sa femelle : « Chérie, viens écouter, il y a un truc grave à la radio... »
Conte du printemps 2009, Cerdagne.
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Cendrine
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L'intrusion de Gaïa (1)
Gaïa est désormais, plus que jamais, la bien nommée, car si elle fut honorée dans le passé, c'est plutôt comme la redoutable, celle à qui s'adressaient les peuples paysans parce qu'ils savaient que les humains dépendent de quelque chose de plus grand qu'eux, de quelque chose qui les tolère, mais d'une tolérance dont il s'agit de ne pas abuser. Elle était d'avant le culte de l'amour maternel, qui pardonne tout. Une mère, peut-être, mais irritable, qu'il s'agit de ne pas offenser. Et elle était d'avant que les Grecs confèrent à leurs dieux le sens du juste et de l'injuste, avant qu'ils leur attribue un intérêt particulier envers leurs propres destinées. Il s'agissait plutôt de faire attention à ne pas les offenser, à ne pas abuser de leur tolérance.
(…)
Que Gaïa ne nous demande rien traduit la spécificité de ce qui est en train d'arriver, de ce qu'il s'agit de réussir à penser, l'événement d'une intrusion unilatérale, qui impose une question sans être intéressée par la réponse. Car Gaïa elle-même n'est pas menacée, à la différence des très nombreuses espèces vivantes qui seront balayées par le changement de leur milieu, d'une rapidité sans précédent, qui s'annonce. Les vivants innombrables que sont les micro-organismes continueront en effet à participer à son régime d'existence, celui d'une "planète vivante". Et c'est précisément parce qu'elle n'est pas menacée qu'elle donne un coup de vieux aux versions épiques de l'histoire humaine, lorque l'Homme, dressé sur ses deux pattes et apprenant à déchiffrer les "lois de la nature", a compris qu'il était maître de son destin, libre de toute transcendance. Gaïa est le nom d'une forme inédite, ou alors oubliée, de transcendance : une transcendance dépourvue des hautes qualités qui permettraient de l'invoquer comme arbitre ou comme garant ou comme ressource ; un agencement chatouilleux de forces indifférentes à nos raisons et à nos projets.
Extrait de Isabelle Stengers : Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, éd. Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2009.
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Déméter
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Ammien Marcellin
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jeudi 26 février 2009
Cérémonie
La pauvrette se déshabille, se déchausse, se décoiffe et puis - ô le danger ! elle tira sa chemise et, toute nue comme une fée sortant de l'eau, va semer ses cerises de côté et d'autre, de long et de large, sur les beaux linceuls au commandement de monsieur. Ses beaux cheveux épars, mignons lacets d'amour, allaient vétillant sur ce beau chef-d'oeuvre de nature, poli, plein et en bon point, montrant en diversité de gestes un million d'admirables mignardises. Ses deux têtons, jolies ballottes de plaisir jointes à l'ivoire du sein, firent des apparences montueuses, différentes en trop de sortes selon quelles parurent en distincts aspects. Les yeux paillards, qui se glissaient vers les bonnes cuisses pleines et relevées de tout ce que la beauté communique à tels remparts et commodités du cachet d'amour, ravissaient de regards goulus toutes les plus parfaites idées qu'ils en pouvaient remarquer. Et, combien qu'il y eût tant de beautés mignonnement étalées en doux spectacle, il n'y avait pourtant qu'un petit endroit qui fût curiseusement recherché avec la vue, tant les regards tiraient au but où chacun eût voulu donner, tous n'ayant intention qu'au précieux coin où se tient le registre des mystères amoureux.
Après que les cerises furent semées, il les fallut recueillir et ce fut lors qu'apparurent de merveilleuses dispositions, essayant de cacher surtout le précieux labyrinthe de concupiscence. Le pauvre petit centre de délices eut bien de la peine à chercher des gestes pour se faire disparaître. Ce beau parfait, cette belle étoffe à faire la pauvreté, ce corps tant accompli fut vu en tant de plans si délicieux que, difficilement, y eut-il jamais yeux plus satisfaits que ceux des assistants (...)
Les cerises remises au panier, la belle revint vers les fenêtres reprendre sa chemise - encore, les yeux des voyants s'allaient allongeant par les replis, afin d'avoir encore quelque reste d'objet. Et ainsi, peu à peu qu'elle levait une jambe puis l'autre, ils épiaient, tant qu'elle se fut remise en l'état de sa venue, toute coiffée et habillée. Ses beaux yeux, petits cupidonneaux, étaient tout relents des vagues de feu qu'ils avaient octroyées à la honte de présenter, en liqueur pour excuse de cette aventure.
Extrait de Béroalde de Verville (1556 - 1626), Le Moyen de parvenir, Cérémonie.
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Aphrodite
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Ammien Marcellin
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lundi 23 février 2009
Pour les Muses
Commençons par de la poésie, et retournons vers les sources, et aux sources des Muses cherchons Apollon, et pour trouver l'origine de ce dieu, tournons-nous vers sa mère, Létô, mais surtout vers l'île-déesse qui accueillit Létô en quête d'un lieu où mettre au monde ses enfants jumeaux, Apollon et Artémis.
Cette île-déesse est une l'île naviguante :
Une île s'aperçoit sur les flots, terre étroite, errant sur les mers ; point de racines qui la fixent ; comme la tige d'asphodèle, elle vogue au gré du courant, sous le Notos ou l'Euros, où la poussent les ondes.
Mille récits sont à l'entour de ton nom ; auquel vais-je le lier aujourdh'ui ? et que te plaît-il d'entendre ?
Libre, tu voguais sur les flots. Ton nom était alors Astéria ; tel un astre en effet, tu tombas du haut du ciel dans le gouffre profond, pour fuir l'hymen de Zeus. Tu n'avais pas encore reçu la brillante Létô ; tu étais encore Astéria, tu n'étais point Délos.
Car l'île-déesse est mieux connue sous ce nouveau nom de Délos, "la Visible", l'enfantement de Létô provoquant l'enracinement de l'île aux fonds marins :
Terre venteuse, terre sans labours, faite plutôt, roche battue des flots, pour le vol des mouettes que pour l'ébat des chevaux, Délos est plantée dans la mer qui, roulant ses flots pressés, essuie à son rivage toute l'écume des eaux Icariennes ; ceux qui l'habitent ne sont que gens de mer, pêcheurs au harpon.
Mais voici qu'arrive Létô dans les douleurs de l'enfantement qui s'annonce :
Elle délie sa ceinture, s'appuie à la renverse contre le tronc d'un palmier,
torturée de cruelle détresse, sa chair ruisselante d'eau.
Et elle dit, douloureuse : « Pourquoi ta mère, ô mon fils, la fais-tu tant souffrir ?
Elle est là, mon aimé, l'île qui flotte sur la mer.
Viens, viens et sors doucement de mes entrailles ! »
D'or, à cette heure, fut toute ta terre, ô Délos,
d'or, tout au long du jour, coula le flot de ton lac arrondi,
d'or fut la frondaison de l'olivier qui vit naître le dieu,
d'or les hautes eaux du profond Inôpos, en son cours sinueux.
Et toi, de dessus le sol d'or, tu soulevas l'enfant,
et le pris dans ton sein, et tu clamas :
« O Très Grande, [Gaïa], déesse aux mille autels, aux milles cités et portant toute chose,
et vous, terres fécondes, continents, îles qui m'entourez,
me voici, moi Délos la terre arride.
Mais Apollon Délien sera nommé de mon nom ;
nulle terre ne sera chérie d'un dieu —
ni Kerchnis de Poséidon qui règne sur Léchaion,
ni d'Hermès la colline de Cyllène, ni de Zeus la Crète —,
autant que je serai chérie, moi, d'Apollon, et je ne serai plus l'île errante. »
Tu parlas, et ses lèvres pressèrent la douce mamelle.
Astéria, parfumée d'encens, autour de toi les îles
forment cercle autour de toi forment un chœur de danse
Astéria mille-autels et mille-prières, quel marin,
quel marchand de l'Egée, passa jamais au large de tes bords
en son vaisseau rapide ? Non, jamais les vents ne le poussent si fort,
jamais le besoin ne presse tant sa course
qu'il ne se hâte de plier sa voilure.
Les passages cités sont extraits (dans un joyeux désordre) de l'Hymne à Délos, de Callimaque, auteur de langue grecque du IIIe siècle avant notre ère, bibliothécaire au Musée d'Alexandrie. La traduction (en prose) est celle d'Emile Cahen, parue aux Belles Lettres, avec plusieurs passages remis par moi-même dans leur disposition versifiée ; j'ai également revu certaines parties de la traduction.
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Aphrodite
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Ammien Marcellin
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dimanche 22 février 2009
Ammien Marcellin au Lab/oratoire du Mercure fugace
Le Lab/oratoire n'en était pas à sa dernière expérimentation et n'a pas succombé à une quelconque explosion ; le chymiste s'est réfugié dans le silence bruissant de ses oiseaux rêvés, confiant à un autre le soin de faire vivre ce lieu.
L'auteur de ces lignes, en effet, n'est pas Triplex Nomine.
Disons que je m'appelle Ammien Marcellin. Je suis un ami de Triplex, lequel a décidé d'ouvrir cet espace à d'autres lab/orantins, mais j'en serai dans un premier temps le contributeur essentiel.
Que les choses soient claires : je suis un lecteur, pas un poète, et ma plume ne fera pas couler des vers à l'image du maître de ces lieux. Triplex Nomine pense revenir et publier ses prochains textes ici même, mais ne se croyant pas prêt à être régulier et ne voulant pas rendre ce site moribond, il m'a demandé de l'alimenter de tout ce qui pourrait contribuer à l'œuvre alchimique de V.I.T.R.I.O.L. J'assume donc la responsabilité des idées et des textes qui viendront, quitte à être parfois en désaccord avec Triplex — forcément d'ailleurs. Mais je pense globalement qu'il en ressortira un esprit cohérent avec l'histoire de ce Lab/oratoire morcelé.
Les lecteurs trouveront de nombreux extraits de livres qui me paraissent essentiels pour notre époque tourmentée (et je pourrais dire, qui "nous paraissent", car il s'agira assez souvent de choses discutées avec Triplex, dont je partage étroitement les vues en matière de goût - culturel, littéraire, politique et écologique, ces quatre champs étant la matière de prédilection du nouveau Mercure fugace).
Aussi, la matière de ce lieu sera toujours propre à faire rêver, à éblouir ou à faire réfléchir, en attendant les précieuses poésies de Triplex Nomine et les articles probables d'une autre personne, très chère à son cœur...
Et pour rêver les yeux ouverts, ouvrez cette porte.
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Aphrodite
publié par
Ammien Marcellin
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21:17
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louange(s)
jeudi 19 avril 2007
Recette pour écrire un roman
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voyages
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Triplex Nomine
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15:05
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louange(s)
dimanche 4 mars 2007
Au sein de la nuit
à ses mamelles gorgées d'obscur
je bois la vie
délicieusement lourde de nuits
et qu'importe les glaives
qui découpent nos regards
au tranchant lumineux de leurs mots
je me grise à ce boire et m'éprends de mes vers
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nuits
publié par
Sel et Soufre
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03:48
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louange(s)
samedi 3 mars 2007
Vu de la terre
et voici que nos vies sont telles :
comptées plus que rêvées
noyées en terres
et stupéfaites des pluies
qui ne tombent que pour grossir les flaques
martelées par nos bottes
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pluies
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Sel et Soufre
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18:29
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louange(s)
dimanche 18 février 2007
Naissance des oiseaux
Des poèmes s’écrivent et s’offusquent du vide
que leur offrent mes mains
Je ne veux rien dire de plus
si ce n’est
la naissance
des oiseaux
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oiseaux
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Sel et Soufre
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02:47
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louange(s)
samedi 17 février 2007
Rasta Tiger
A mon rêve niché dans les plis de mes draps
à mon errance ailée qui s'émarge aux confins
du corps écrit du monde (où s'aiment tant d'images)
je demande plus de nuits
pour me nouer à elle en son corps qui me vit
et j'ajoute du noir à l'obscur qui me lie
à la matière régente de nos cœurs
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nuits
publié par
Sel et Soufre
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18:21
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louange(s)
vendredi 26 janvier 2007
Haruki Murakami : Kafka sur le rivage
Un de ces romans vient de paraître : Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami, merveilleusement rendu par sa traductrice, Corinne Atlan. On le lit fébrilement, on s'en repaît, on le laisse agir et se méditer en nous. On se laisse secouer par le rire qui nous prend, par l'étonnement et l'admiration, par l'angoisse métaphysique qui affleure et qui perce les pages du livre. L'imagination y tient une telle place que ce livre en devient baroque, mais un baroque comme apaisé sous le signe de l'esthétique japonaise. Déjà, Haruki Murakami nous avait offert des joyaux, notamment avec sa Trilogie du Rat (dont seuls deux romans sont parus en français : La course au mouton sauvage et Danse, danse, danse - accessibles en poche dans la collection Points), mais il se surpasse encore, et son dernier roman est à mes yeux le plus captivant. Si Dæmonomania de John Crowley me tombait des mains, ou encore Shalimar le clown de Salman Rushdie, j'ai renoué cette semaine avec le roman contemporain grâce à Kafka sur le rivage.
Dans le passage que j'ai choisi de citer plus bas, un jeune homme de quinze ans est en fugue, il part en bus à l'autre bout du Japon ; lors d'une pause sur une aire d'autoroute, une jeune fille un peu plus âgée, fort attrayante et passagère dans le même bus, vient nouer connaissance avec lui et, tandis qu'ils retournent dans le car, elle vient s'asseoir à ses côtés et ne tarde pas à s'endormir, la tête contre son épaule.
Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, Belfond, 2006, p.34.
Ce paragraphe pourrait servir d'exergue à tout le roman ; l'imagination est vrillée à la réalité, ou plutôt, l'un et l'autre sont la réalité, le regard fantasmé que l'on pose sur le monde est aussi le monde, et sous ce regard c'est l'âme du monde elle-même, l'anima mundi, qui s'anime et nous berce d'illusions qui en sont, qui n'en sont pas.
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Triplex Nomine
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14:09
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dimanche 27 août 2006
Andrés Ibáñez : L'ombre de l'oiseau lyre
Avis à tous les lecteurs qui sont las des romans dépressifs tant prisés par la gent critique-menue au cerveau plombé de concepts en guise d'autel pour sacrifier à la vacuité.
Je veux évoquer ici un auteur qui laisse la part belle à l'imagination, un héritier de Mikhaïl Boulgakov, un Thomas Pynchon enfin lisible, le Haruki Murakami hispanique : Andrés Ibáñez, auteur de trois romans essentiels : La música del mundo (1995), El mundo en la era de Varick (1999), La sombra del pájaro lira (2003), et d'un très beau roman pour enfants : El parque prohibido (2005).
La traduction française de La sombra del pájaro lira paraîtra en septembre aux éditions du Diable Vauvert, qui nous avaient fait découvrir Andrés Ibáñez avec l'extraordinaire monde selon Varick.
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voyages
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Triplex Nomine
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15:13
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